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Aventures maritimes
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Série IV /
Sous les cheminées
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C’est en 1916, avec l’ouverture d’une raffinerie de l’Impériale, que le paysage de Montréal-Est se transforme, passant d’un territoire agricole à un quartier industriel, où se dressent haut dans le ciel les cheminées fumantes des usines. Favorisé par la proximité du port, le quartier se développe autour d’un secteur économique extrêmement prospère : le raffinage du pétrole.
Dans les années 60, au plus fort des activités, six raffineries emploieront jusqu’à 5000 personnes pour produire de l’or noir en quantité. Cette matière est d’autant plus convoitée que la société de consommation naissante et le boom d’après-guerre imposent un mode de vie énergivore.
La crise de l’énergie de 1973 et de nouvelles politiques d’approvisionnement marquent le déclin de l’industrie montréalaise, entraînant la fermeture de l’usine de l’Impériale en 1983.
Si l’exploitation pétrolière canadienne est désormais associée à l’Alberta, il reste que le milieu du XXe siècle a vu Montréal devenir le plus important centre de raffinage de l’est de l’Amérique du Nord. Favorisé par un réseau de transport maritime à proximité, un sol argileux relativement imperméable et de vastes terrains vacants, Montréal-Est est choisi pour accueillir six raffineries.
Le pétrole brut vient d’abord par bateau, essentiellement de l’Arabie Saoudite et du Venezuela, puis, en 1941, de Portland (É.-U.) via des oléoducs.
La crise du pétrole de 1973, la suppression de la ligne Borden (qui répartissait l’approvisionnement entre l’Alberta et l’étranger suivant la rivière des Outaouais) et les développements hydroélectriques contribuent à la quasi-extinction de ce secteur économique de Montréal, dont ne subsistent que deux raffineries pétrochimiques.
Les buveurs d’eau
Les Pères de la Côte
C’est en 1947 que débute réellement l’aventure pétrolière canadienne, au moment où la compagnie l’Impériale trouve un important gisement à Leduc, en Alberta.
En effet, l’essentiel du pétrole foré au Canada depuis plus de cinquante ans fut découvert dans cette province, qui appartient au bassin sédimentaire de l’Ouest canadien chevauchant aussi une partie de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest. Qu’elles se présentent sous forme de pétrole brut, de sables bitumineux ou de gaz naturel, les réserves d’hydrocarbures de l’Alberta sont considérables.
D’autres régions en comptent aussi : c’est le cas des terres du Grand Nord, de l’île d’Anticosti, des côtes de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse, des Îles-de-la-Madeleine et du Saint-Laurent. Le Canada, exportant plus qu’il n’importe, est un des seuls pays à avoir privatisé cette industrie.
Le homard de Menier
Le canal de Soulanges
Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, le Québec possède aussi des réserves d’hydrocarbures. Le hic, c’est que ces réserves d’or noir sont principalement enfouies sous les eaux du grand bleu.
Afin de jauger ce potentiel pétrolifère, Hydro-Québec a commandé des levées sismiques dans le fleuve Saint-Laurent, ce qui a soulevé la colère de plusieurs. Les opposants ont exigé un moratoire sur les levées, affirmant que les activités de prospection nuisaient à la faune marine.
S’ils ont obtenu gain de cause jusqu’à ce qu’un comité d’experts environnementaux se penche sur la question, mentionnons toutefois que le dossier n’est pas clos et que les projets de forage en mer ne cessent de gagner en popularité.
Le pétrole tire son origine de la décomposition de matières organiques, végétales et animales, sédimentées ensemble durant des dizaines, voire des centaines de millions d’années, et produisant des hydrocarbures, un amalgame de carbone et d’hydrogène.
Soumis à une pression, ce combustible fossile se déplace sous l’écorce terrestre et finit par se loger dans des roches poreuses. C’est à même ces gisements qu’on extrait la précieuse substance.
Devenu une ressource énergétique d’autant plus essentielle depuis l’avènement de l’automobile, le pétrole et ses dérivés (mazout, bitume, éthylène, etc.) sont utilisés dans la fabrication de nombreux produits, comme le nylon, la peinture, le plastique, le polyester, le caoutchouc, les engrais, l’asphalte, etc. On s’en servait en Égypte dès l’Antiquité, pour calfeutrer les bateaux ou comme produit de beauté.
L’OPEP est créée en 1960 par les producteurs pétroliers du golfe Arabo-Persique constatant leur importance croissante au sein du marché international.
À l’origine, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole entend favoriser l’appropriation des bénéfices financiers liés à l’exploitation des ressources chez les pays affiliés. Elle vise aussi à régulariser la production et à permettre un pouvoir de négociation sur le prix du brut, souvent fixé par les multinationales et toujours calculé en dollars.
L’OPEP compte parmi ses membres fondateurs l’Arabie Saoudite (premier producteur et exportateur mondial), le Venezuela, l’Iran, l’Irak et le Koweït. Avec le temps, de nouveaux joueurs se sont ajoutés : l’Algérie, l’Indonésie, la Libye, le Nigeria, le Qatar et les Émirats arabes unis. Ensemble, ces onze nations possèdent 75 % des réserves mondiales d’or noir.
La première crise majeure ébranlant la sécurité de l’approvisionnement en pétrole des pays industrialisés survint en 1973.
En effet, lors de la guerre du Kippour, où l’Égypte s’opposait à Israël, l’OPEP décida de réduire du quart sa production et d’imposer un embargo aux pays soutenant Israël, les États-Unis en tête. Une pénurie fut envisagée et le prix du baril tripla. Une situation conflictuelle similaire, cette fois entre l’Iran et l’Irak, deux producteurs majeurs, fit à nouveau doubler les prix en 1979.
En contrepartie, des politiques de réduction de la consommation et une diversification des sources énergétiques furent mises en place chez plusieurs pays importateurs dès 1974. Ces mesures, conjuguées à la flambée des prix, mineront le pouvoir de négociation de l’OPEP (il devient rentable de s’approvisionner ailleurs), qui baissera le cours du brut dans les années 80.
Considérant l’inégale répartition des richesses pétrolières sur l’échiquier planétaire et le fait que ce produit est le plus commercialisé de tous, les garanties d’approvisionnement ont souvent été à l’origine de conflits politiques majeurs.
C’est le cas de la guerre du Golfe de 1990-91, où Saddam Hussein envahit le Koweït. L’ONU, avec à sa tête les États-Unis, craignant la mainmise du dictateur sur 20 % des réserves mondiales, lui déclara la guerre.
À la suite de sa victoire et selon l’initiative de Washington, l’ONU maintint son embargo dans le but d’obtenir le désarmement de l’Irak. Les sanctions prirent alors la forme du programme « Pétrole contre nourriture », qui fournit les biens essentiels à la population avec l’argent récolté par la vente du brut irakien.
Cependant, les contrats d’échange à la base de ce programme seront soumis au Conseil de sécurité de l’ONU, qui verra les États-Unis et la Grande-Bretagne jouer à répétition de leur droit de veto.
À la lumière des récents événements de la guerre en Irak menée par les Américains, il est aisé de percevoir, derrière des motifs officiels pour le moins contestables, le désir des États-Unis de mettre à leur main un pays regorgeant de pétrole qui, de surcroît, occupe une place stratégique sur l’échiquier du monde arabe.
Aussi, il devient tentant de faire un lien avec l’approvisionnement en or noir lorsqu’on considère la dépendance historique des Américains envers l’Arabie Saoudite, l’appauvrissement de leurs ressources pétrolifères ainsi que les très lucratifs contrats de réhabilitation des infrastructures pétrolières (plusieurs milliards) attribués presque exclusivement à Halliburton.
Ajoutons que cette firme texane spécialisée dans les infrastructures et l’extraction pétrolière fut dirigée, de 1995 à 2000, par Dick Cheney, l’actuel vice-président américain.
Vu la croissance constante de la population et la forte probabilité que des pays en voie de développement augmentent leur consommation énergétique au fil de leur industrialisation, le Conseil mondial de l’énergie prévoit que les besoins en énergie doubleront d’ici 50 ans.
D’autres problèmes aggravent encore la situation : les inégalités entre un Occident fort gourmand et un tiers-monde quasi sans approvisionnement, l’accroissement exponentiel de la pollution, les difficultés croissantes pour accéder à la ressource (on brûle un baril pour en produire deux dans la région d’Athabasca), ainsi que la flambée appréhendée du cours du pétrole résultant de sa raréfaction.
Autrement dit, les choses n’iront pas en s’améliorant. Les experts voient s’avancer le spectre de l’épuisement des ressources : dans l’état actuel des choses, les réserves d’hydrocarbures se seront taries dans 40 ans.
Les produits pétroliers sont une source majeure de pollution. En effet, leur combustion crache annuellement dans l’atmosphère 10 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2), principal responsable des gaz à effet de serre.
Si les États-Unis, le Canada et le Mexique refusent encore de reconnaître les gaz carboniques comme polluants atmosphériques, même si les deux derniers ont signé Kyoto, il n’en demeure pas moins que les 750 millions de véhicules sur la planète continuent de carburer à plein régime.
Une réglementation trop laxiste concernant la responsabilité des pollueurs contribue aussi à aggraver la contamination des sols et des eaux : chaque année, 150 000 tonnes d’hydrocarbures sont déversées dans les mers du globe, que ce soit par négligence, par accident ou à cause de fuites.
Le consortium Impériale Esso/Exxon Mobil est la compagnie la plus rentable au monde. Sur les profits monstres faits au Canada dans les 12 dernières années, 7 994 milliards de dollars (84,1 %) sont allés à des intérêts étrangers, dont
69,6 % appartiennent à l’américaine Exxon Mobil Corporation. Le Canada est un des seuls pays à avoir privatisé cette industrie.
L’avenir de la planète semble d’autant plus incertain que les problématiques en jeu sont complexes et que l’alimentation en énergie reste vitale. Mais il ne faudrait pas oublier que des gestes tout simples peuvent alléger un peu la situation.
C’est le cas du transport en commun et du covoiturage. À plus grande échelle, les sociétés industrielles auraient tout intérêt à se pencher attentivement sur l’utilisation d’énergies renouvelables (l’eau, le soleil, le vent et la biomasse), ainsi qu’à développer rapidement des techniques favorisant leur stockage et leur circulation.
S’il est utopique d’envisager un monde fonctionnant aujourd’hui sans pétrole, une diversification des sources énergétiques est souhaitable, d’autant plus qu’au rythme où vont les choses, il reste peu de temps avant que l’on se retrouve… en panne sèche.
Les Pères de la Côte
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