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Encyclopédie collective /
Série IV /
Montréal...les bains
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Au tournant du XXe siècle, dans un contexte d’urbanisation quasi effrénée, les habitants de Montréal vivent plus souvent qu’autrement entassés dans des logements exigus et insalubres.
Des maladies apparaissent, qui se transforment rapidement en épidémies, faute de mesures sanitaires appropriées. Afin de pallier cette situation, les autorités ouvrent des bains publics dans plusieurs quartiers défavorisés.
Le canal de Soulanges
Joseph Venne architecte
Joseph Venne architecte
À la fin du XIXe siècle, Montréal se développe aussi rapidement qu’anarchiquement suite à l’essor de l’urbanisation, causé par le développement rapide de l’industrialisation et l’arrivée massive d’immigrants européens mais aussi de paysans cherchant hors des campagnes une vie meilleure.
À cette époque, Montréal est la plus grande ville du Canada, habitée essentiellement par des ouvriers qui n’ont que très peu de ressources financières pour se loger. Ils sont donc contraints de louer des taudis insalubres, où manquent les plus élémentaires commodités.
Aussi, aucune politique d’urbanisme n’a encore été adoptée, dans cette ville qui ne comporte ni aqueduc ni réseau d’égouts adéquat. Seule une petite poignée de résidences bourgeoises sont convenablement équipées.
Dans les quartiers modestes de Montréal, au XIXe siècle, les ouvriers connaissent des conditions de vie particulièrement difficiles.
Les logements, bâtis en vitesse pour répondre à la demande et juxtaposés les uns aux autres, ne possèdent ni baignoire ni eau chaude, rarement de toilettes ou d’électricité. Ils sont habituellement peu éclairés, mal aérés et pourvus d’une fosse d’aisance à l’extérieur, où s’amoncellent les excréments. Afin d’accroître leurs revenus, plusieurs Montréalais élèvent des animaux dans leur cour.
À ce tableau déjà peu reluisant s’ajoutent la pollution industrielle, l’accumulation des déchets et la présence de carcasses d’animaux morts. On conçoit facilement que ces conditions sanitaires déficientes transforment les résidences en foyers de propagation des infections, où règne une odeur nauséabonde.
Le canal de Soulanges
Bien que Montréal baigne littéralement dans le fleuve, l’approvisionnement en eau n’était pas chose facile avant 1800. Si, en 1801, Joseph Frobisher instaure un réseau de distribution partant d’un étang de la Côte-des-Neiges, celui-ci est privé et ne dessert que quelques privilégiés.
Le siècle voit le réseau se moderniser et la Ville en devenir propriétaire en 1845. Suite à l’incendie de 1852 et aux pressions des assureurs, Thomas C. Keefer est mandaté pour construire un premier aqueduc qui puisera dans le fleuve. Il est inauguré en 1856 mais, dès l’année suivante, on doit l’agrandir périodiquement afin de répondre à la demande.
Même si l’accès à l’eau courante se démocratise au XXe siècle, sa qualité douteuse est la cause de nombreuses maladies infectieuses.
Aux lacunes sanitaires généralisées s’ajoutent des problèmes de contamination de l’eau, du lait et des viandes.
En effet, les piètres conditions d’hygiène des laiteries et des abattoirs ainsi que l’absence de traitement des eaux contaminent ces denrées de première nécessité. Les risques de maladies diarrhéiques et intestinales contractées par des aliments viciés ainsi que les fièvres typhoïdes dues à la qualité douteuse de l’eau accroissent dramatiquement le taux de mortalité, surtout infantile.
Par exemple, afin d’augmenter la densité du lait, certains laitiers y ajoutent des substances non comestibles comme de la craie, de l’empois ou même de la cervelle de mouton. Des campagnes de distribution de lait pasteurisé sont instaurées en 1910, ce qui réduira considérablement la propagation des maladies et la mortalité infantile.
La mémoire des lieux
La grippe espagnole
Les lacunes en matière d’hygiène et la promiscuité des habitats offrent un terreau fertile aux maladies infectieuses. Par exemple, une épidémie de variole foudroie quelques milliers de personnes en 1885. En 1910, c’est la fièvre typhoïde qui ravage bon nombre de citoyens; l’eau qu’on disait potable était contaminée.
Ce n’est pas tout, à ce tableau déjà sombre s’ajoutent l’épidémie de grippe espagnole de 1918, qui fera 13 000 morts en un an, le choléra, le typhus, la diphtérie et la tuberculose, des maladies qui se répandront comme une traînée de poudre.
Le renforcement des mesures sanitaires et les campagnes de vaccination aideront à régulariser la situation mais, en attendant, le XIXe siècle aura vu la faucheuse sévir plus souvent qu’à son tour.
Les buveurs d’eau
Les chaloupes à fumée de Molson
Mi-dieu, Mi-diable (Charles Chiniquy)
La mémoire des lieux
Les Hôpitaux Oubliés
C’est avec les découvertes de Pasteur (1878) et les avancées en bactériologie que naît la révolution sanitaire en Europe et, quelques décennies plus tard, en Amérique. Les recherches de Pasteur auront permis de cibler le rôle joué par les germes dans l’éclosion et la propagation des maladies infectieuses et, ainsi, auront aidé le développement de comportements préventifs en matière d’hygiène.
En effet, la pasteurisation du lait et la vaccination réduisant considérablement le taux de mortalité, de nombreuses associations en démocratiseront les bienfaits.
L’hygiène corporelle et la nécessité d’une eau potable, défendues auprès des autorités publiques, entreront peu à peu dans les mœurs et favoriseront l’instauration des bains publics, de la chloration de l’eau ainsi que de diverses autres mesures sanitaires.
Les buveurs d’eau
La mémoire des lieux
Les conditions sanitaires se sont grandement améliorées depuis le XIXe siècle, à un point tel que l’Amérique du Nord est peut-être en train de se prendre dans un mouvement de
« surpropreté » et risque d’être confrontée à la situation inverse.
Si les maladies infectieuses ont une incidence aussi directe que néfaste sur la santé, il n’en demeure pas moins que l’exposition à une certaine quantité de bactéries s’avère nécessaire pour régulariser le système immunitaire.
Avec des standards sanitaires qui tiennent parfois du zèle, la population de l’Occident, et tout particulièrement de l’Amérique du Nord, enrichit les fabricants de produits antiseptiques et de savons antimicrobiens en même temps qu’elle est en train d’affaiblir ses propres résistances naturelles.
La grippe espagnole
Des chercheurs, confrontés à l’augmentation des cas d’asthme, d’allergies et de maladies auto-immunes dans les pays riches depuis les trente dernières années, ont posé l’hypothèse de l’existence d’un lien entre l’hygiène à outrance et un dérèglement du système immunitaire, qui s’emballerait pour un rien et s’attaquerait à des corps étrangers inoffensifs pour l’être humain.
Si on considère parallèlement l’utilisation répandue d’antibiotiques et son corollaire, une résistance croissante de certains virus et bactéries à ceux-ci, il reste à souhaiter qu’aucune épidémie majeure ne se déclare sur le continent, car nous serions alors quasi sans défense face à un sale problème !
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