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Série IV /
Les Hôpitaux Oubliés
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Les guerres ont toujours entraîné à leur suite souffrance, dévastation et mort, mais on dit que la Grande Guerre de 1914 fut l’une des pires boucheries de l’histoire.
Afin de freiner l’avancée des Allemands et de tenter de mettre fin au carnage, le Canada fut appelé à fournir son effort de guerre. Pour différentes raisons, les Canadiens français se montrèrent peu enclins à s’enrôler sous la bannière anglaise. Cependant, ils formèrent les 22e et 41e bataillons, et ouvrirent deux hôpitaux militaires, offerts à la France afin de l’aider à panser ses nombreuses plaies.
Ces deux établissements accueillaient indistinctement les blessés de toutes nationalités. Leurs médecins comme leur personnel infirmier travaillaient jour et nuit afin d’épargner des vies.
L’histoire canadienne a peut-être passé sous silence l’œuvre de ces deux organismes, mais les Français, eux, n’ont rien oublié...
En août 1914, lorsque la France et la Grande-Bretagne déclarèrent la guerre aux Allemands, le Canada se trouva automatiquement impliqué dans les hostilités puisqu’il était lié par son statut de dominion.
Les réactions divergèrent au sein de la population : plusieurs Canadiens anglais étaient prêts à aller servir l’Angleterre au front, mais la grande majorité des Canadiens français s’y opposaient vertement, tant pour des raisons politiques que parce qu’ils ne se sentaient pas concernés.
Néanmoins, dès octobre 1914, le Corps expéditionnaire canadien envoya outre-mer 32 000 volontaires, et Terre-Neuve, 500. Le conflit s’envenima rapidement et les effectifs vinrent à manquer.
Puisque le premier ministre canadien de l’époque, sir Robert Borden, avait promis à l’Angleterre l’envoi de quelque 500 000 hommes (sur un total de huit millions), il vota la conscription en 1917.
La décision d’imposer la conscription souleva l’ire des Canadiens français, causa de sérieuses émeutes et accentua la fracture entre les deux communautés linguistiques. En effet, les Canadiens anglais reprochèrent longtemps leur faible participation aux Canadiens français.
Dans la foulée de la loi sur les mesures de guerre, Borden donna aux femmes le droit de vote aux élections fédérales. C’est aussi à cette époque que celles-ci commencèrent à occuper le marché du travail, suppléant la main-d’œuvre masculine dans une prospère industrie militaire.
En tout et pour tout, cette guerre aura envoyé au front près de 620 000 Canadiens. Lorsque l’armistice fut signé, le 11 novembre 1918, le Canada obtint une plus grande autonomie politique et put lui-même signer le traité de Versailles.
Au début des affrontements de la Première Guerre mondiale, le Corps de santé de l’armée canadienne envoya du personnel médical sur les différents fronts afin de secourir les combattants qui en avaient bien besoin. Outre le contingent militaire, certains autres établissements furent dépêchés outre-mer.
Deux hôpitaux canadiens-français furent constitués et offerts à l’armée française par le Canada. Le premier, sis à Saint-Cloud, fut mis sur pied et financé par Arthur Mignault, un médecin militaire désireux d’organiser des unités de service francophones. Ce dernier subventionna aussi les 22e et 41e bataillons. Le second établissement, l’hôpital général no 6, relevait de l’Université Laval et fut installé à Joinville-le-Pont.
En ces temps de crise, le personnel médical y joua un rôle déterminant. L’expertise développée fut ensuite ramenée au Québec, où les médecins l’enseignèrent dans les diverses facultés.
Peu importe son motif, la guerre conduit inévitablement l’humanité dans un bourbier d’horreur et de souffrance.
Celle de 14, qualifiée par plusieurs de véritable carnage, fut la première d’une longue série de guerres « industrielles ». Jamais auparavant n’y avait-il eu plus de morts dues à l’artillerie que de morts attribuables aux maladies; mais au XXe siècle, les machines guerrières furent perfectionnées à un point tel qu’il devint presque impossible d’échapper à leur pouvoir destructeur.
La Grande Guerre vit aussi pour la première fois, en 1915, l’utilisation d’armes chimiques à grande échelle. Ainsi, de nombreux soldats, les « gazés », furent victimes d’attaques au phosgène, au chlore et au gaz moutarde, substances suffocantes soit nocives, soit létales, dont les deux camps usèrent abondamment afin d’éliminer l’ennemi. En tout, quelque 100 000 tonnes d’agents chimiques furent employées.
Bien que les États-Unis et le Japon aient refusé de signer une entente, la communauté internationale s’entendit pour bannir l’usage des armes chimiques. Mais, dans les faits, plusieurs pays en usèrent quand même, par exemple les États-Unis au Vietnam (agent orange), Saddam Hussein contre l’Iran et sur des civils kurdes, et la secte Aum dans le métro de Tokyo (sarin).
La mémoire des lieux
Montréal...les bains
Outre les pluies d’obus, les tirs d’artillerie et les armes chimiques, les bactéries et les maladies infectieuses tuèrent énormément de soldats, mais aussi plusieurs membres du personnel médical.
À l’époque, c’est-à-dire bien avant la première utilisation de la pénicilline (1940), les infections causées par les mauvaises conditions d’hygiène et la prolifération de la vermine pouvaient souvent s’avérer mortelles. On craignait le typhus, la dysenterie, la pneumonie, la tuberculose, la gangrène, les maladies vénériennes et la
« fièvre des tranchées ».
Cette dernière se propageait par les poux qui, sautant d’un corps à l’autre pour se nourrir de sang, infectaient les soldats. On estime que 95 % de l’armée britannique en fut atteinte, ce qui réduisit le nombre de soldats disponibles au combat.
Plusieurs blessés par éclats d’obus porteront à même leur chair la marque indélébile des ravages de la guerre. Nombreux furent ceux qui durent se faire amputer des membres entiers, procédures d’autant plus radicales que les techniques étaient rudimentaires et les risques d’infection, élevés.
Lors des combats, de nombreux soldats furent atteints à la tête et au visage, perdant des pans de leur figure. Des médecins perfectionnèrent les techniques de greffe et la chirurgie maxillo-faciale. Ils inventèrent aussi diverses prothèses, essayant par des moyens parfois élémentaires de restituer au patient l’usage de son visage.
En 1921, des victimes formèrent une organisation visant à aider les défigurés et autres mutilés de guerre. Nommée les « Gueules cassées », l’association fut financée par une loterie et sa devise était : « Sourire quand même. »
Le secret de Marie-Louise
Montréal...les bains
Si les guerres fauchent la vie d’innombrables hommes et femmes, paradoxalement, elles semblent être l’occasion de parfaire certains procédés techniques.
Ce fut le cas pour la Guerre de 14, laquelle permit de perfectionner les fondements de ce qui allait devenir la médecine moderne. De nouvelles techniques de stérilisation et de désinfection furent mises au point, la relation entre les actes chirurgicaux et les complications dues aux infections fut analysée, les amputations devinrent moins radicales et la radiologie passa dans les mœurs courantes.
En ce qui concerne la médecine d’urgence, des installations de première ligne, un système efficace d’évacuation et un dispositif de tri furent instaurés, permettant ainsi de prioriser les soins en fonction de la gravité des blessures.
Toutes ces mesures permirent de réduire le taux de mortalité des soldats.
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